13 juin 2011

Les Batailles de l'Empereur ( 5 )

TRIUMPH & GLORY / JOURS DE GLOIRE

 Aspern

Notre présentation suivante porte sur deux séries très proches, issues d'un système conçu par R. Berg pour le jeu Glory ( batailles de la Guerre de Sécession ), bien qu'on y retrouve toute une série de concepts utilisés par le même auteur dans The Battles of Waterloo. La série de R. Berg lui-même, Triumph & Glory, a vu sortir à ce jour deux boîtes sur les affrontements franco-autrichiens et la massive bataille de Borodino en 1812. La série dérivée de F. Bey suit quand à elle le bicentenaire de la Révolution et de l'Empire, comptant depuis lors de nombreuses batailles couvrant les années 1796 à 1810. Baptisée Jours de Gloire, elle est aussi la base d'un Trophée dit du Bicentenaire organisés par le même F. Bey tous les ans en région parisienne. Si les deux règles ont évolué chacune de son côté, elles partagent à mon sens assez de caractéristiques pour être présentées de concert. JdG sera distinguée par un commentaire bleu lorsqu'il y a lieu.

Qualité matérielle 3/5 : le matériel de T&G est joli sans être extraordinaire. Les cartes sont agréables et fonctionnelles, alors que les pions colorés arborent des silhouettes de petite taille et trop génériques. Le tout s'intègre bien ensemble, ce qui est une bonne chose ! Pour Aspern-Essling ( dernier opus acheté ), on franchit clairement un seuil de qualité : les magnifiques silhouettes de P. Da Silva éclairent les pions, le tout évoluant sur l'une de ses plus belles cartes, pour une note rehaussée à 4/5. La majeure partie de la série est par contre au format DTP ou magazine ( impressions à l'encre dans le premier cas, pions à monter ), et ne dépasse donc pas les 3/5 ( d'autant que les premières cartes ne sont clairement pas au niveau des plus récentes ).

Complexité 2/5 : le système est assez simple à appréhender et à mettre en oeuvre, même si les règles originales étaient truffées d'approximations. La version 2.0 parue avec Borodino ou téléchargeable dans les Living Rules de GMT a largement corrigé le tir depuis. Avec 15 ans d'existence et ses nombreuses parutions révisées, JdG est aujourd'hui bien rôdée et tourne sans aucun problème. Un atout important pour le débutant ou le compétiteur.

Jouabilité 3.5/5 : les parties de T&G sont vraiment agréables, du moins pour les batailles de format modéré. Derrière la simplicité des mécanismes, les choix tactiques sont nombreux, tandis que le système à base de tirage de chits induit son habituelle incertitude. Les tours peuvent par contre devenir fastidieux et brouillons sur des batailles importantes. Il faut dire qu'un choc sans subtilité comme Borodino n'est sans doute pas la meilleure manière de valoriser la mécanique de jeu... Rien de spécial à ajouter, sinon que les batailles sont parfois bien choisies et stimulantes, parfois non ( les Pyramides ). Un 4/5 pour les meilleurs situations, qui descend à 2 ou 3 pour d'autres, et avec par ailleurs un Austerlitz qui n'échappe pas aux limites évoquées plus haut de par sa taille inadéquate.

Historicité 2.5/5 : il faut bien admettre que si un vernis historique est bien présent, on ne peut qu'être déçu sur ce plan pour peu que l'on en demande un peu plus. Oscillant de manière incertaine entre le tactique pur et l'opérationnel style Last Battles, le jeu a du mal à percer d'un côté ou de l'autre. Pas de formations ( hors l'incontournable carré ), pas d'attrition, une représentation minimaliste des chefs, autant de points qui marquent l'habitué des batailles napoléoniennes. Si la double activation des formations à chaque tour oblige à faire des choix plus réfléchis que dans The Battles of Waterloo, sa combinaison au système de chits donne des résultats pas forcément convaincants dans l'exécution. D'autant que les ordres se limitent à garantir à une formation toute latitude d'action, donnant une fois encore au joueur une liberté totale et irréaliste sur le comportement individuel de ses unités. L'historicité de JdG est du même niveau, globalement sacrifiée à la simplicité. L'auteur a certes tendance à accumuler les règles spéciales tendant à reproduire les événements réels, mais cela ne rend pas la structure elle-même plus réaliste.

Conclusion : deux bonnes séries pour les débutants, mais aussi pour les joueurs cherchant des jeux simples, amusants, sans être généralement trop longs. Par contre, les joueurs exigeants en termes de simulation et d'historicité, ou davantage intéressés par les affrontements de grande ampleur, se tourneront plus volontiers vers les gros chevaux de bataille de la période !


Commentaires sur Les Batailles de l'Empereur ( 5 )

    Pas mal, pas mal... et au final, je trouve ça plutôt juste. J'ai plus embrayé à T&G qu'à JdG. Le format sans doute. Tu bosses fort en ce moment, bravo !

    Posté par Bir Hacheim, 14 juin 2011 à 14:44 | | Répondre
  • Un mot qui revient souvent sur BGG pour commenter le système est fiddly ( brouillon )...

    Posté par santino, 18 juin 2011 à 16:21 | | Répondre
  • Je suis avec attention ta série d'articles sur les batailles napoleonniennes. Le seul système que je connaisse est JdG que j'adore .
    J'ai trouvé ta critique assez juste :
    > Système adapté jusqu'à une certaine taille de combat ( jusqu'à 1/2 Austerlitz au niveau de la demi brigade)
    > Système synthetique
    > système parfaitement rodé ( je ne comprend pas la critique de brouillon en revanche)

    Je ne suis pas particulièrement convaincu par le passage à l'echelle superieure pour jouer des batailles "types" Friedland.
    En revanche tu ne mets pas en avant un aspect très positif de la série : le nombre de batailles proposés qui est très conséquents et qui permet de découvrir de très nombreuses situations differentes (Elchingen , Medina , Rivoli ...)

    Posté par Superben, 24 juin 2011 à 23:34 | | Répondre
  • Brouillon : quand le nombre de chits augmente et qu'il se conjugue à une double activation par tour, on atteint les limites de ce que peuvent justifier les mots "chaos de la bataille". Le déroulement est alors ressenti comme brouillon.

    Nombre de batailles de JdG : je l'évoque en entrée, mais l'analyse porte sur les systèmes avant tout. Et pour cela, la quantité n'entre pas en ligne de compte.

    Posté par Santino, 24 juin 2011 à 23:51 | | Répondre
  • Par rapport a ta notation, j'aurais mis 0,5 point en plus pour la jouabilité : sur des batailles de taille petite ou moyenne , le jeu est trÈs fluide et prenant.
    Je comprend ton point de vue pour l'historicité. Mais je trouve que tu ne tiens pas compte de la spécificité qui est mise sur chaque bataille :
    > OdB soigné et precis
    > Topologie precise et réfléchie
    Bonne differenciation des troupes grace à la cohesion, à l'engagement et á la valeur du MA qui represente la capacité du divisionnaire. J'ai à plsieurs reprises adopté des comportements historiques "naturellement" en fonction des situations , prouvant que le système est "historique".
    Au final je te trouves un peu sévère sur ce critère aussi . J'aurais mis un bon 3.

    Posté par Superben, 25 juin 2011 à 00:19 | | Répondre
  • L'OdB et la topologie sont très bien reproduits dans TOUS les jeux sérieux de la liste : JdG ne fait rien de plus que les autres séries à ce niveau ( tu as déjà vu une carte et un OdB de la série "La Bataille" ? Ca c'est impresionnant ! ), c'est même un prérequis sans lequel on se moquerait gravement du joueur ( désolé les mecs je n'avais l'OdB sous la main en faisant les pions^^ ). Quant aux règles spécifiques, elles relèvent au moins en partie d'un rustinage montrant les carences du système de base.

    De façon générale, par rapport à des jeux qui prennent en compte les facteurs-clés du tactique napoléonien ( par exemple, la décision se fait à l'érosion des unités par le feu, mais pour cela il faudrait des pas de pertes et/ou désordre, ainsi que des amoindrissements irrécupérables ), on est clairement en dessous. D'où aussi la régression de note par rapport à Battles of Waterloo, plus probant à ce niveau ( la valeur d'engagement par exemple, déjà contestable en soi, y avait davantage de sens grâce aux chefs présents sur la carte avec leurs bonus au jet d'engagement qui permettaient de cibler l'effort ).

    En même temps tu n'a pratiqué que ce jeu, ta réaction est donc normale. Quand on a fait un tour par la case NBS, le mot réalisme prend une toute autre dimension ^^

    Posté par Santino, 25 juin 2011 à 12:48 | | Répondre
  • J'ai fait quelques tour de la bataille de Dresde (mais je ne sais plus dans quel système). Effectivement c'etait plus plus détaillé et "réaliste" mais beaucoup plus lourd à jouer.
    Encore une fois j'ai trouvé ta critique très juste et argumentée. Adepte du système je n'aurais rajouté que 0,5 pt à deux des critères.
    Je passerai certainement sur un autre système un de ces jour ( et pas Command & Color )

    Posté par superben, 26 juin 2011 à 00:30 | | Répondre
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